Ce mardi, les 92 maires de la métropole Aix-Marseille-Provence se réunissent pour aborder un enjeu crucial : un déficit budgétaire de 123 millions d'euros. Si cette situation n'est pas résolue, elle pourrait entraîner une mise sous tutelle par l'État, une démarche rarissime dans l'histoire de la métropole.
Avec une population de 1,8 million d'habitants, la métropole la plus vaste de France est sous pression à l'approche de la date limite du 30 avril, date à laquelle les collectivités doivent approuver leur budget pour 2026.
Les élus, issus de toutes les tendances politiques, envisagent de ne pas voter le budget, dénonçant une "insoutenabilité" face à la réduction continue des dotations de l'État, qui ont chuté de 120 millions d'euros en deux ans, exposant ainsi leurs difficultés à respecter les obligations légales d’équilibrage. Cette situation est exacerbée par des coûts de fonctionnement croissants, notamment liés à l'élargissement de l'offre de transport, dont les recettes demeurent insuffisantes.
Le défi est de taille, puisque le développement des transports publics, notamment dans la ville de Marseille, qui accuse un grand retard en matière d’infrastructures, dépend également des financements du plan "Marseille en grand" lancé par le président Macron. Pour atténuer le déficit, la métropole réclame la révision du versement mobilité, une taxe à la charge des entreprises.
Malgré un plan d'économie d'urgence de 30 millions d'euros proposé, l'institution fait face à un besoin urgent de 90 millions de plus pour équilibrer ses comptes.
En visite à Marseille, le Premier ministre Sébastien Lecornu a reconnu que les mesures budgétaires touchant les intercommunalités étaient particulièrement sévères, appelant à un changement de méthode pour l'année suivante. Plusieurs pistes de réduction des coûts ont été explorées, mais elles suscitent un large désaccord, qu'il s'agisse de l'augmentation des tarifs de transport, d'une hausse d'impôts ou d'une réduction des subventions aux associations.
Nicolas Isnard, le nouveau président de la métropole, s’est exprimé sur les difficultés face à l'équilibre financier. "On nous demande d'augmenter les impôts de près de 200 euros par foyer fiscal", a-t-il déploré sur le média local Ici Provence, qualifiant cette somme d'"inadmissible".
De son côté, le maire de Marseille, Benoît Payan, partage cette inquiétude, affirmant, "Je ne suis ni pour l'austérité, ni pour une hausse des tickets de bus ou des impôts. Je veux défendre un service public de qualité" sur BFMTV.
Si aucun accord n'est conclu lors de la séance, une intervention préfectorale pourrait être envisagée, entraînant une saisine de la chambre régionale des comptes pour formuler un budget alternatif dans un délai d'un mois. Cette mise sous tutelle serait une première depuis plusieurs années, ayant notamment touché des départements comme la Charente lors de l'année dernière.
Un rapport antérieur de la chambre régionale des comptes a mis en lumière des difficultés persistantes concernant les attributions de compensations entre la métropole et les communes. Ces attributions pèsent lourdement sur le budget de la collectivité, représentant environ 40% des dépenses, révélant ainsi une "rigidité structurelle" empêchant le développement d'équipements métropolitains.
Samia Ghali, nouvellement élue présidente de la Régie des Transports métropolitains et adjointe au maire de Marseille, a également évoqué les difficultés financières. Elle a promis de chercher des financements à toutes les sources possibles, des collectivités à l'État, en passant par le secteur privé, afin de ne pas subir les conséquences des mauvaises gestions passées.







