Le truculent philosophe l'affirme : le bon précède le bien ! Il nous invite à suivre un vrai régime de saveurs et à célébrer les nourritures terrestres.
Dans son ouvrage captivant L'Art des vivres, Valentin Husson transpose le célèbre adage des Lumières, « Ose penser », en une invitation à « Ose savourer ». Pour lui, le savoir se conjugue avec la saveur, et la gastronomie devient un art d'aimer et de manger, essentiel à notre existence. Comment envisager une vie épanouissante sans le plaisir de la nourriture ? À travers un essai à la fois joyeux et gourmand, Husson mêle éthique, esthétique, histoire de la pensée et gastronomie, tout en plaidant pour un véritable « bon vivant » qui embrasse pleinement la vie par le goût.
Le corps au cœur de la philosophie
Madame Figaro. – Vous affirmez que la cuisine est primordiale, même avant la philosophie. Pourquoi ?
Valentin Husson. – Les récents travaux des anthropologues soulignent que c'est autour de la cuisine que la communication humaine a réellement pris forme. La parole est née au coin du feu, un constat que Jean-Jacques Rousseau a également formulé. La cuisine occupe ainsi une place fondamentale dans notre humanité, établie comme premier acte de socialisation. La littérature, elle, émerge après, avec l'histoire et le récit qui en découlent. Cette sensualité initiale est donc essentielle, et la philosophie n'en est qu'une conséquence.
La revanche du plaisir sur l'ascétisme
Vous évoquez un « puritanisme » philosophique par rapport à la cuisine. Que voulez-vous dire ?
La tradition philosophique a souvent favorisé l'esprit au détriment du corps, reléguant la sensualité au second plan. Pendant des siècles, aucun penseur n'a véritablement considéré l'alimentation comme un sujet central. Ce détachement du corps, valorisé par des figures comme Socrate, a conduit à une glorification de l'ascétisme. Mais aujourd'hui, nous devons réévaluer cette perception en plaçant la jouissance des sens au cœur de notre existence.
La cuisine, un art et un vecteur de diplomatie
Quelle place la cuisine occupe-t-elle dans la diplomatie ?
La notion de « gastrodiplomatie », née après les guerres napoléoniennes, souligne cette connexion. Talleyrand, en mettant en avant la bonne cuisine lors de négociations, a montré comment la gastronomie pouvait adoucir les relations diplomatiques. Par ailleurs, certains pays investissent dans la promotion de leur cuisine à l'étranger afin d'enrichir leurs échanges culturels et économiques. Une bonne cuisine peut réellement influencer les negotiations.
Enfin, l'alimentation en tant que question écologique
Aujourd'hui, il est impossible de dissocier alimentation et enjeux environnementaux. Les chefs adoptent de plus en plus des pratiques responsables, respectant les saisons et cherchant à réduire leur empreinte carbone. L'élevage intensif contribue de manière significative aux émissions de gaz à effet de serre, rendant urgente la nécessité de repenser nos modes de consommation.







