Le procès par défaut de Sabri Essid, un djihadiste français accusé d'implications dans le génocide de la minorité yazidie en Syrie, a débuté ce lundi à la cour d'assises de Paris. Âgé de 39 ans, Essid, qui serait décédé en 2018, est jugé pour génocide, crimes contre l'humanité et complicité, des atrocités qui se seraient déroulées entre 2014 et 2016. Cette procédure est inédite pour la justice française.
Essid, un individu ayant des liens avec des figures notoires du djihadisme comme les frères Clain, a rejoint l'État islamique en 2014 et est connu sous le nom d'Abou Dojanah al-Faransi en Syrie. Bien qu'il soit présumé mort, il est jugé par une cour composée de juges professionnels, sans jury populaire, en raison de l'absence de preuves concrètes sur son décès. Sa défense et le déroulement du procès seront suivis de près, car ils abordent des questions de grande importance pour la justice internationale.
Clémence Bectarte, avocate représentant trois femmes yazidies, souligne l'importance de ce procès pour «apporter une autre lecture des crimes commis par l'État islamique». Elle déclare que «ce procès est essentiel pour éclairer les exactions particulièrement graves subies par cette population civile». Les Yazidis, une minorité religieuse kurdophone en Irak et en Syrie, ont été victimes de violences inouïes, y compris de viols, d'enlèvements et d'esclavage, orchestrés par les jihadistes de l'EI, qui les considèrent comme des hérétiques.
Le 3 août 2014, l'EI a attaqué la région du Sinjar en Irak, persécutant environ 400 000 membres de la communauté yazidie. Les témoignages des survivants illustrent l'ampleur des atrocités : des centaines de milliers de personnes ont été tuées, déplacées ou capturées, et de nombreuses femmes et enfants ont été déportés.
Les juges d’instruction évoquent le rôle actif d’Essid dans cette politique d'asservissement, l'accusant d'avoir acheté des captives yazidies et d'avoir pratiqué l'esclavage sexuel, en infligeant à ces femmes des sévices inacceptables, comme le manque de nourriture et d'eau. Le contexte de ce procès est particulièrement pertinent alors qu'il suit des condamnations similaires en Europe, notamment en Allemagne, en Suède et en Belgique.
Au côté de cet événement judiciaire, un second procès lié au génocide des Yazidis est prévu à Paris pour 2027, ciblant Abdelnasser Benyoucef, un autre chef de l'EI présumé mort, et son ancienne compagne, Sonia Mejri. Olivier Christen, chef du parquet national antiterroriste, a informé que 11 affaires en rapport avec ce génocide sont toujours en cours d’instruction.
Cet événement au tribunal est une première en France, illustrant une volonté croissante de juger les crimes de guerre et récits de souffrances des Yazidis. La justice française fait ici un pas important vers la reconnaissance et la pénalisation des crimes contre l'humanité.







