Le dramaturge, auteur et peintre franco-suisse Valère Novarina, connu pour son approche audacieuse du langage, nous a quittés à l'âge de 83 ans. Son décès a été annoncé samedi par Richard Pierre, régisseur général de sa compagnie, l'Union des contraires.
Novarina, célèbre pour sa production d'une cinquantaine de pièces, la plupart publiées chez P.O.L, a su marquer le théâtre contemporain par son style provocateur et surprenant. Ses œuvres, présentées chaque année au Festival d'Avignon, ne rencontrent pas toujours le succès escompté en tournée, jouant souvent sur la difficulté du langage face à des émotions plus accessibles.
En 2015, l'auteur expliquait : "Le spectateur est traité comme un troupeau ... moi je cherche plutôt à atteindre chaque individu comme s'il était transpercé par une flèche." Sa passion pour le langage s'est cultivée dès son enfance dans les alpages savoyards, où il dissimulait ses « écrits scientifiques » sous les pierres. Ce besoin de créativité s'est digéré au fil des années, le poussant à écrire tout en développant un goût prononcé pour la peinture.
Né en périphérie de Genève, Novarina a grandi au bord du lac Léman et a poursuivi des études de littérature et de philosophie à Paris. C’est là qu’il a pris contact avec des figures majeures du théâtre telles que Roger Blin et Marcel Maréchal. D'abord acteur, il s'est ensuite concentré sur l'écriture, imprégnant ses travaux de son univers unique.
Les textes de Novarina, inclassables et souvent qualifiés de longues envolées poétiques, ont même fait leur apparition au programme du baccalauréat littéraire, démontrant leur relevé artistique. Nombre de spectateurs admettent ne pas toujours comprendre ses œuvres, des réactions qu'il a accueillies sans grande préoccupation. Dans les années 70, lors de la création de sa première pièce, "L'Atelier volant", une partie du public ne tarda pas à quitter la salle, signalant la polarisation de ses œuvres.
À propos de l'accueil de ses pièces, il a souvent évoqué des souvenirs de tensions publiques, notamment lors de "Drame de la vie" en 1986, où une partie de la salle acclamait les acteurs, tandis que l'autre huait vigoureusement. La scène n’a pas manqué d’excitations, participant à l’animation du théâtre français de l’époque.
En dépit de la polémique, Novarina a su divulguer une certaine légèreté, attiré par le monde du cirque et des artistes comiques, faisant de Louis de Funès l’une de ses références. En 2017, il n’a pas réussi à rejoindre l’Académie Française, où il visait à prendre le relais de René Girard. Son héritage théâtral impressionnant et son amour pour les acteurs continuent d’inspirer bon nombre de créateurs contemporains.
Sa vision du théâtre comme un espace de recherche et d’expression a contribué à une réflexion dynamisante sur la condition humaine, offrant un champ d'expériences diverses, aussi bien sensorielles qu'intellectuelles. Le monde artistique français se souviendra longtemps de l’audace et de l'innovation de Valère Novarina, un véritable pirate des mots.







