L'intersyndicale de l'éducation en Seine-Saint-Denis a organisé une manifestation ce 3 juin pour exprimer son indignation face à l'inaction des autorités concernant des cas de racisme et de violences sexistes signalés par le personnel éducatif depuis plusieurs années. Dans le même temps, une délégation a été reçue au ministère de l'Éducation nationale pour défendre un plan d'urgence réclamé depuis deux ans.
Au cœur de cette mobilisation, un barnum dressé devant la basilique de Saint-Denis affichait les témoignages d'élèves : « bande de couscous », « il court comme un pédé » ou « elle doit bien bouger au lit ». Ces insultes, attribuées à un professeur d'EPS du lycée Maurice-Utrillo à Stains, mettent en lumière des comportements racistes, homophobes et sexistes qui demeurent impunis.
Manon*, une enseignante du lycée, souligne que depuis 2011, les abus de ce professeur sont connus, mais qu’un premier dossier a été perdu par la direction. « En décembre 2024, des élèves ont encore témoigné. Notre dossier s’étend aujourd’hui sur 34 pages et les témoignages continuent d’affluer », précise-t-elle.
Le personnel enseignant a d'abord tenté de faire remonter les signalements par voie hiérarchique, mais sans succès. « En novembre 2025, nous avons alors alerté le procureur de la République, et une enquête pénale a vu le jour. Le professeur, cependant, demeure en poste », ajoute son collègue Judith.
Des syndicats en grève contre l'inaction
Pour dénoncer cette inaction, l'intersyndicale (FSU-CGT-SUD-CNT 93) a appelé à un rassemblement. D'autres enseignants des collèges et lycées de la région les ont rejoints, témoignant d'un climat difficile où « les élèves osent parler et sont laissés sans protection, tandis que les professeurs lanceurs d’alerte sont souvent réprimandés », s'indigne un participant au micro.
Une enquête administrative a été ouverte par le rectorat au lycée en avril 2026, mais celle-ci semble davantage se concentrer sur des tensions internes que sur les comportements discriminatoires rapportés. Judith, audité par les inspecteurs, exprime sa frustration : « Les témoignages des élèves ont été à peine abordés. Au lieu de cela, on demandait des noms de ceux qui avaient osé parler. »
Le rectorat a confirmé, dans une déclaration au Parisien, que l'enquête avait pour objectif de mesurer les tensions internes, tout en évitant de s'attaquer aux problèmes soulevés par les élèves. Les enseignants redoutent que cette situation entraîne des mutations à l’issue de l’enquête.
« Nos enfants méritent mieux »
Malgré les alertes, le droit d'alerte pour suspendre le professeur durant l'inspection n'a pas été respecté. « Il s'est montré menaçant envers les élèves pour les dissuader de parler, allant jusqu'à les appeler », explique Manon.
Linda, mère d'un élève de terminale, partage son désespoir : « Nos enfants se rendent en cours en étant anxieux, alors que l'école devrait être un lieu de sécurité et de respect. » Elle réitère son soutien à la majorité des enseignants qui font un excellent travail, mais dénonce leur « passivité », devenue « complicité ».
Un plan d'urgence pour l'avenir
Lors de cette journée de mobilisation, l’intersyndicale a également rencontré des représentants du ministère de l’Éducation pour discuter de la situation. Louise Paternoster, co-secrétaire de la CGT Educ’Action 93, explique : « L’absence de réaction face à la violence de cette affaire montre le dédain du gouvernement pour notre territoire. Nous exigeons des engagements concrets pour la sécurité des élèves et des moyens matériels adéquats. »
La Seine-Saint-Denis, malgré sa jeunesse, souffre d’un budget par élève inférieur de 30% à la moyenne nationale, avec la menace de fermeture de 275 classes à la rentrée prochaine. Alors que le ministère n’a pas encore publié de réponse officielle, la pression monte pour un changement effectif.







