L’Empire du moindre mal, paru en 2007, sert de cadre à une réflexion critique sur l’idéologie libérale. Ce texte, souvent perçu comme une mise en garde contre les dérives du libéralisme, remet en question des concepts tels que le progrès et l’individualisme. Selon l'auteur, Jean-Claude Michéa, le libéralisme est né des Guerres de Religion du XVIe siècle, engendrant une désacralisation de la politique qui contribue à la dislocation des valeurs communes. Ce déclin moral et éthique a poussé à la création de sociétés où le bonheur et l'intérêt personnel prévalent sur le bien collectif.
Libéralisme ou libéralismes : une seule et même réalité
« Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? » s'interroge Pierre Bergé.
La gestation pour autrui (GPA), comme technique de procréation assistée, incarne cette unité du libéralisme qui relie le relativisme culturel et le libre-marché. Elle est devenue le symbole d'un projet libéral qui vise à redéfinir la notion de consentement et d'autonomie individuelle. Ici, la GPA apparaît comme une simple commodité, où l'individu est réifié et où l'idée de progrès se drape sous le voile de la liberté. Mais cette idée doit être interrogée : les acteurs politiques, qu'ils soient de droite ou de gauche, défendent-ils réellement leurs idéaux ou se contentent-ils de maintenir un statu quo qui, en réalité, sert le même projet économique ?
Pour Michéa, le libéralisme culturel, souvent pris sous l’appellation de « progressisme », nécessite le soutien inconditionnel du marché. Michel Clouscard, dans son ouvrage Le Capitalisme de la séduction (1981), souligne comment la tyrannie du désir individuel a pris le pas sur les valeurs collectives, créant ainsi un marché où le bonheur se mesure à la satisfaction des désirs. Ce phénomène d'atomisation sociale favorise l'émergence de nouveaux marchés, tandis que les structures traditionnelles – famille, communauté – s'effondrent. Une société qui cède à l'individualisme devient, par définition, un terreau fertile pour le capitalisme.
Pour illustrer ce propos, prenons l'exemple d'une jeune mère qui, par choix ou nécessité, se tourne vers la GPA. Si elle agit ainsi, est-elle vraiment libre ? Ou est-elle simplement prise dans les rouages d'un système qui exploite son désir d'amélioration de condition sociale ? Cette question du libre-arbitre, souvent évacuée dans les débats autour de la GPA, rappelle la critique de Karl Marx des « droits de l'Homme bourgeois » : un droit garanti n’implique pas nécessairement une réelle liberté.
La notion de common decency : entre morale et individualisme
Michéa, en écho à Orwell, introduit le concept de common decency pour contrer le relativisme omniprésent dans les discours libéraux. Il définit cette notion comme une intuition collective de ce qui est moralement acceptable. Ce bon sens, souvent nié dans le tableau libéral, est en réalité le fondement d'une vie en société où les valeurs partagées doivent primer sur les caprices individuels. La GPA, en tant que commodité marchande, fragilise cette common decency et contribue à son érosion.
Le débat sur la GPA s'inscrit dans un contexte plus large, où chaque décision individuelle influence la morale collective. Le travail dominical, par exemple, pose la question de la concurrence déloyale au sein d'une communauté dont les valeurs ne doivent pas être sacrifiées à la voracité du marché. Le choix de travailler le dimanche peut sembler anodin, mais il a des répercussions sur l'ensemble de la société, remettant en question le rythme collectif et les normes de vie.
En conclusion, la GPA, comme beaucoup d'autres enjeux contemporains, interroge nos fondements moraux. Elle met en lumière l'ambivalence du consentement au sein d'un système qui peine à garantir la réelle liberté des individus et leur entière autonomie. En mettant en avant la nécessité d’un cadre éthique commun, ce débat relance une question cruciale : quel type de société voulons-nous vraiment construire ?







