Chaque semaine, “Courrier international” scrute ses choix éditoriaux. Dans ce numéro, c’est la course à la présidentielle française qui est au cœur des préoccupations. À moins d’un an d’un scrutin dont l’issue semble des plus incertaines, la presse internationale s’alarme de la montée en puissance du Rassemblement national (RN) et de la prolifération de candidats qui redessinent un paysage politique déjà en mutation.

À peine un mois après les élections municipales, la France se lance dans un nouveau marathon électoral. En mai 2027, l’Élysée accueillera un nouveau locataire. Qui prendra la suite d’Emmanuel Macron ? Ce chemin semé d’embûches est marqué par un désordre apparent parmi les prétendants, ce qui suscite l’inquiétude des observateurs étrangers. Comme l’écrit Stefano Cingolani dans Il Foglio, “Les municipales ont eu pour effet d’initier une campagne électorale à long terme.” Cette crise politiques s’apparente à celle que connaît l’Italie, où les traditions politiques traditionnelles vacillent.

La situation politique est devenue si complexe qu’il est difficile de s’y retrouver. John Lichfield de The Local remarque : “La nouvelle carte politique est encore plus déconcertante et dangereuse que les précédentes. Elle définira les grandes lignes de l’élection présidentielle française, la plus cruciale depuis la Seconde Guerre mondiale.” Selon lui, les distinctions habituelles entre droite et gauche semblent s’estomper, rendant les analyses traditionnelles obsolètes. “La France, comme l’Europe, est en proie à une crise identitaire,” conclut Cingolani.

Après un décennie de macronisme, le pays semble se diviser en factions de plus en plus marquées et irréconciliables, comme l’explique Le Temps. La difficulté de former une majorité parlementaire complique significativement la gouvernance.

Face à cette impasse potentielle, certains avancent l’idée d’une démission anticipée d’Emmanuel Macron. The Economist souligne avec un soupçon d’ironie : “Les cent premiers jours d’un nouveau dirigeant sont cruciaux. Malheureusement, en France, cela n’est pas le cas.” Cette suggestion, bien que surprenante venant d’un journal soutenant généralement le président, reflète une anxiété croissante à propos d’une posible victoire du RN, une crainte partagée par plusieurs observateurs comme Paul Taylor dans The Guardian, qui évoque le sentiment d’un imminent choc politique.

“Empêché de se présenter après deux mandats, Macron doit anticiper le risque d’une victoire du RN. Il prend soin de placer ses proches à des postes clés pour assurer la continuité,” analyse The Guardian. Pendant ce temps, ses homologues européens s’efforcent d’avancer sur des questions cruciales telles que la dissuasion nucléaire et le budget de l’Union.

Cependant, l'idée d'une victoire inéluctable du RN est tempérée par des publications comme Observador au Portugal et Die Zeit en Allemagne, qui critiquent le fatalisme ambiant. “La défaite de Viktor Orban est un signe que les partis illibéraux ne sont pas destinés à gouverner éternellement,” commente Anne Applebaum dans The Atlantic.

Il est clair que les Européens seraient bien avisés de ne pas tirer de conclusions hâtives, car de nouvelles menaces, notamment des ingérences extérieures dans les processus électoraux, planent sur l’Europe. Selon Il Foglio, la France, en tant que pilier central de l’UE, ne pourra pas échapper à ce tourbillon politique.