Plus de 87 126 détenus étaient enfermés dans les prisons françaises au 1er mars 2026, un chiffre sans précédent en raison d'une surpopulation chronique, selon le ministère de la Justice. Le podcast Prisons : hors les mythes de BFM explore notamment la maison d'arrêt des Hauts-de-Seine à Nanterre.
À Nanterre, la situation des détenus détonne avec l'image parfois véhiculée d'une détention « Club Med ». Effectivement, le quotidien en prison est marquée par des conditions déplorables où la promiscuité, l'insalubrité et la détresse psychologique dominent. Syndicats et spécialistes tirent la sonnette d'alarme depuis des années, affirmant que ce système est sous pression à cause d'un manque de personnel et de conditions matérielles dégradées.
Dans cette prison, l'odeur d'humidité est omniprésente. Les chiffres sont révélateurs : le taux d'occupation atteint 208 % avec plus de 1 233 détenus, selon le directeur de l'établissement. Cela entraîne une perte de dignité, avec la place manquante pour les détenus.
BFM a pu visiter cette prison grâce à une autorisation de la sénatrice écologiste Anne Souyris. Ce droit de visite permet à des parlementaires d'être accompagnés par des journalistes pour documenter la réalité carcérale.
9 m² pour trois : "On est des chiens ou quoi ?"
Dans le bloc B de la maison d'arrêt de Nanterre, les cellules, conçues pour une seule personne, abritent souvent deux, voire trois détenus. L'un d'eux s'exclame : "Regardez, on est trois, c’est pas normal !" alors qu'il montre un matelas coincé entre les lits superposés. Le 1er mars 2026, environ 6 875 détenus dorment à même le sol, selon l'AFP.
La promiscuité se traduit par des nuits difficiles : "Le type qui va aux toilettes doit enjamber le matelas. Il fait ses besoins juste au-dessus de l'autre", explique Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté.
La situation est d'autant plus difficile que peu d'activités sont proposées pour occuper l'esprit des prisonniers, qui se plaignent de ne rien avoir à faire. Un détenu confie : "Ça fait trois mois que je suis là, j’ai jamais fait de sport".
"Des cafards, des souris, des punaises..." toute la nuit
En plus de la surpopulation, les conditions matérielles sont déplorables. Dans certaines cours de promenade, les détritus s'accumulent, attirant rats et rongeurs. Les cellules, quant à elles, sont souvent humides et malodorantes. Youssef, un ancien détenu, relate un quotidien dominé par le bruit et la souffrance : "Il y avait des cafards, des souris, et des punaises... On ne dort jamais vraiment, on est toujours en alerte." Pour échapper à ces nuisibles, certains détenus adoptent des stratégies, comme glisser du papier toilette dans leurs oreilles et narines.
Accéder à l’hygiène devient un véritable combat, avec des douches autorisées seulement trois fois par semaine, et souvent limitées à dix minutes. Youssef témoigne : "Si on n’était pas prêt, il fallait attendre deux jours pour se doucher."
"Le mitard"
La cellule disciplinaire, surnommée "mitard", représente l'apogée de la souffrance en détention. Un prisonnier ayant passé douze jours au Quartier Disciplinaire raconte : "Il n’y a rien de bon qui sort de là, juste des pensées noires et de la colère."
Youssef rappelle l'horreur de la souffrance collective : "Il y a des cris jour et nuit. J'ai vu des gens se scarifier devant moi, incapables d'échapper à leur détresse dans l'isolement".
Les statistiques sont alarmantes : le taux de suicide en prison serait dix à treize fois plus élevé que dans le reste de la population, d'après l'Observatoire des disparités dans la justice pénale. L'avocat Vincent Scuderoni parle de ces quartiers comme de "suicidogènes" où l’administration répond souvent à la détresse par une surveillance accrue plutôt qu'une aide véritable.
Pourquoi une si grande saturation ? Ce n'est pas uniquement la criminalité qui explose, mais l’allongement des peines. Selon Benjamin Monnery, directeur de l'Observatoire, la durée moyenne d'incarcération est passée de 8 à 12 mois en dix ans. Les prisons, déjà en surcapacité, doivent faire face à un flux constant d'entrées, aggravant les conditions tant pour les détenus que pour le personnel pénitentiaire.
Prisons : hors les mythes
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