Une vingtaine de militants Greenpeace ont entravé pendant plusieurs heures un cargo dans le port de Dunkerque, suspecté de transporter de l’uranium en provenance de Russie. Quatre d'entre eux ont été placés en garde à vue.
Des militants de Greenpeace, visant à mettre en lumière les échanges d’uranium entre la Russie et la France, ont bloqué pendant cinq heures le cargo Mikhail Dudin dans le port de Dunkerque, le 2 mars 2026. L’intervention des forces de l’ordre a conduit à l’interpellation de douze militants, avec quatre d'entre eux, trois Allemands et un Néerlandais, placés en garde à vue pour obstruction à la liberté du travail et intrusion dans une zone interdite, selon la police.
Le blocage, initié à 4 h 10, a pris fin à 9 h 10. Greenpeace a ériger des barricades pour empêcher le déchargement de la cargaison suspectée d’être de l’uranium destiné à l’industrie nucléaire française. Pendant ce temps, certains militants se sont enchaînés à des structures métalliques, tandis que d’autres utilisaient des kayaks; des banderoles affichaient des messages tels que « Uranium : EDF aime Poutine » et « Stop aux contrats toxiques ».
« Ce commerce doit cesser »
Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine en 2022, Greenpeace critique régulièrement la continuité des engagements de l'industrie nucléaire française avec la Russie, en particulier vis-à-vis du géant public Rosatom. « Ce commerce qui finance la guerre de Poutine est une indécence pour laquelle la France devrait avoir honte », a déclaré Pauline Boyer, responsable des campagnes sur le nucléaire pour Greenpeace France.
Développant son analyse, l’ONG indique avoir vu « à maintes reprises » des déchargements d'uranium enrichi russe en France. « Qu’y a-t-il dans ce cargo aujourd’hui ? Seules Orano, EDF et/ou Framatome le savent. Il est nécessaire d’éclaircir ce commerce obscur », a ajouté Boyer.
Les données de navigation du Mikhail Dudin montrent qu’il a effectué de nombreux trajets entre Dunkerque et plusieurs ports russes depuis le commencement de l’invasion. Un autre navire, le Baltiyskiy-202, a également transporté de l’uranium dans la même période.
Plus de cent tonnes d’uranium importées de Russie en 2025
En 2025, la France a importé au moins 112 tonnes d’uranium enrichi en provenance de Russie, représentant un quart des importations nationales. Cela soulève des préoccupations, notamment en termes de dépendance énergétique, malgré une réduction générale des importations entre 2022 et 2024.
Concernant l'uranium naturel, la France n’est pas directement tributaire de la Russie, bien que ses approvisionnements proviennent en partie des ex-républiques soviétiques.
Un autre incident observé par Greenpeace en novembre dernier à Dunkerque impliquait l’exportation d’uranium de retraitement vers la Russie, une pratique rare ces dernières années. Rosatom reste le seul acteur capable de traiter l’uranium pour son ré-enrichissement.







