La Cour suprême du Brésil a prononcé ce mercredi une décision marquante en condamnant deux hommes politiques pour avoir commandité le meurtre de Marielle Franco, survenu en 2018. Celle-ci, figure emblématique des droits des Noirs et des membres de la communauté LGBT+, a vu son engagement courageux pour les quartiers défavorisés mis à l'épreuve, alors que les relations troubles entre certains élus et les milices de Rio refont surface.
L'ancien député Chiquinho Brazao et son frère Domingos, ex-membre de l'assemblée de l'État de Rio de Janeiro, ont été déclarés coupables à l'unanimité par les juges. Leur peine sera déterminée dans les semaines à venir, un processus qui pourrait s'avérer tout aussi révélateur des enjeux politiques qu'ils représentent.
Marielle Franco, morte le 14 mars 2018, était connue pour son combat acharné en faveur des droits des habitants des favelas et s'était fermement opposée à l'expansion des lotissements illégaux, l'une des principales sources de revenus des milices. Son meurtre a provoqué une onde de choc non seulement au Brésil, mais partout dans le monde.
« Les Brazao n'avaient pas simplement des liens avec les milices ; ils en faisaient partie intégrante », a souligné Alexandre de Moraes, un des magistrats. L'évolution des milices, qui étaient à l'origine des groupes d'autodéfense, a révélé une mutabilité inquiétante vers l'extorsion et le contrôle territorial, favorisée par l'alliance avec certains personnalités politiques.
Selon les membres de la Cour, l'assassinat de Franco avait pour but d'« envoyer un message » à l'establishment politique de Rio. Ils ont pudiquement pointé du doigt le « racisme » et la « misogynie » qui semblaient imprégner les actes des accusés.
« Marielle était une femme pauvre, une femme noire qui a eu le courage de s'attaquer aux intérêts du crime organisé », a ajouté M. Moraes, une affirmation qui n’a pas manqué de résonner dans les esprits des défenseurs des droits humains. La magistrate Carmen Lucia, la seule femme siégeant à la Cour, a exprimé sa profonde tristesse face à cette situation : « Combien de Marielle le Brésil restera-t-il impassible à voir assassinées ? »
Les frères Brazao ont été reconnus coupables de plusieurs chef d'accusation, dont l'homicide qualifié et l'appartenance à une organisation criminelle. En octobre 2024, un jury populaire avait déjà infligé une lourde peine à Ronnie Lessa, qui avait avoué avoir tiré sur Franco, tandis que son complice, Elcio Queiroz, avait également été condamné.
Les arguments de la défense reposent sur le déni des accusations et la remise en question des déclarations de Lessa, qui qualifierait son témoignage de « fabrication ». L'avocat de Domingos Brazao a tenté de créer une analogie en affirmant que quiconque en politique à Rio avait probablement contacté des trafiquants ou des miliciens.
L'affaire Franco, au-delà de son aspect judiciaire, interroge toute la société brésilienne sur l'imbrication entre la corruption politique et la criminalité organisée. Alors que l'espoir d'une justice tangible reste présent, il est essentiel que ce procès serve de point de départ pour un véritable changement dans la lutte contre l'impunité.







