Le ministre kényan des Affaires étrangères, Musalia Mudavadi, a déclaré lundi, lors d'une visite à Moscou, que la Russie avait accepté de cesser le recrutement de ses ressortissants. Ce phénomène notoire s'étend à de nombreux pays d'Afrique, touchant particulièrement les jeunes à la recherche de meilleures opportunités.
"Nous sommes désormais convenus que les Kényans ne doivent plus être enrôlés", a-t-il affirmé à la presse au terme de son entretien avec Sergueï Lavrov, son homologue. "Cet incident est isolé, et nos relations avec la Russie vont bien au-delà de cela".
Les agences de renseignement kényanes estiment que plus d'un millier de Kényans ont été envoyés au front en Ukraine sous l'uniforme russe, mais seulement une trentaine ont pu être rapatriés. Beaucoup sont considérés comme portés disparus ou présumés morts. De manière inquiétante, l'Ukraine a également indiqué que plus de 1.780 Africains de 36 nationalités se battent aux côtés des troupes russes. Lors de sa rencontre avec Mudavadi, Lavrov a précisé que ces militaires kényans avaient consenti à rejoindre les rangs de l'armée, respectant ainsi la législation russe.
Pour répondre aux "préoccupations" exprimées par le Kenya, Lavrov a convenu d'un processus pour faire remonter au ministère russe de la Défense toute demande officielle présente de Nairobi sur ce sujet. Des reportages récents, dont ceux de l'AFP, révèlent comment ces Kényans, souvent sans expérience militaire, se sont vu offrir des emplois civils bien rémunérés en Russie pour finalement se retrouver à signer des contrats militaires sur place.
Des promesses trompeuses
Une enquête du Washington Post a mis en lumière un système de recrutement frauduleux orchestré pour envoyer des Kényans au front. Les recrues, souvent peu informées, devaient verser jusqu'à 390 dollars à des agences comme Global Face, séduites par des offres de salaires mensuels alléchants : 885 dollars en Russie, 2.150 frontaliers en Ukraine et jusqu'à 2.650 dollars en première ligne. Malheureusement, à leur arrivée, beaucoup d'entre elles se voyaient obligées de signer des contrats en russe, dont le contenu leur échappait, parfois sous la menace de rembourser leurs frais de voyage.
Les conditions de combat étaient extrêmement précaires, avec une formation généralement limitée à quelques jours, parfois dans une langue incomprise. Un rapport a révélé que dans une unité de 27 hommes, seuls deux Kényans avaient survécu à une attaque aérienne. Dans des situations tragiques, certaines recrues n'avaient même pas reçu d'entraînement avant d'être envoyées au combat comme "chair à canon".
Les familles des soldats disparus demeurent dans l'incertitude : un groupe WhatsApp de proches compte près de 100 membres, révélant l'ampleur du phénomène et le nombre important de morts. Cette situation a suscité des réactions sociales au Kenya, incitant le gouvernement à agir. D'autres pays africains, comme l'Afrique du Sud, ont également cherché à rapatrier leurs ressortissants, avec un retour réussi pour 15 d'entre eux coincés en Ukraine depuis novembre, attirés par de fausses promesses.







