Pénalisé par ses difficultés dans le domaine des voitures électriques, le constructeur automobile Stellantis a annoncé une perte nette de 22,3 milliards d'euros pour l'année 2025, ce qui en fait la deuxième plus lourde perte jamais enregistrée par un groupe français.
Cette perte gigantesque, qui touche le groupe italo-franco-américain rassemblant 14 marques, est attribuée à des charges totalisant 25,4 milliards d'euros, révélant une stratégie de réduction de la production électrique face à des ventes bien en deçà des prévisions. Déjà flagrant aux États-Unis, ce recul est attribuable à un manque de soutien gouvernemental, notamment sous l'administration Trump.
Antonio Filosa, le nouveau directeur général, a évoqué, lors de l'annonce de ces résultats le 6 février dernier, un besoin urgent de "réinitialiser" la stratégie de l'entreprise, qui aurait "surestimé" le rythme de transition vers l'électrique, particulièrement sur le marché américain.
Les fonds ainsi provisionnés serviront à mettre un terme à certains modèles électriques jugés peu performants et à annuler différents projets d'usines de batteries. Cette perte dépasse également les précédents records dans l'industrie automobile, comme celui de Renault en 2020 qui affichait un déficit de 8 milliards d'euros.
Parallèlement à Stellantis, d'autres géants comme Ford et General Motors ont également dû comptabiliser des charges lourdes en raison des faibles ventes de véhicules électriques sur le marché américain. En 2025, le chiffre d'affaires du groupe a chuté de 2% pour atteindre 153,5 milliards d'euros, malgré une légère augmentation de 1% des ventes en volume, totalisant 5,5 millions de véhicules.
Cette baisse des recettes est le résultat d'une politique tarifaire axée sur la réduction des prix, un virage stratégique marqué après la gestion de Carlos Tavares. Pour le second semestre de 2025, cependant, Stellantis a enregistré une hausse de 10% de son chiffre d'affaires avec 2,8 millions de véhicules vendus, notamment grâce à un rebond de 39% aux États-Unis.
Pour 2026, le groupe projette déjà une remontée de son chiffre d'affaires ainsi qu'un retour vers une marge légèrement positive. Le redémarrage des véhicules thermiques, en particulier des pick-up aux États-Unis, est attendu pour soutenir cette reprise.
"Il n'y a pas de conflit entre diesel et innovation, il est impératif de répondre à la demande des clients," a soutenu un porte-parole de l'entreprise. Cependant, les droits de douane imposés aux États-Unis ont eu un impact financier significatif, avec des pertes prévues de 1,6 milliard d'euros pour 2026, malgré le récent jugement de la Cour suprême invalidant les taxes douanières de l'ère Trump.
La décision de revendre ses 49% dans NextStar Energy, qui construit une gigafactory de batteries au Canada, et de mettre un terme à sa coopération avec Samsung pour la construction de deux giga-usines de batteries aux États-Unis marque également un tournant dans la stratégie électrique de Stellantis.
Les marchés semblent déjà anticiper ces résultats, même si, en dépit de la nécessité d'un changement stratégique, les analystes restent partagés concernant le ralentissement dans la transformation électrique du groupe.
À un moment où les ventes de voitures électriques évoluent à des rythmes disparates à l'échelle mondiale, Stellantis fait face à une question cruciale : la transition vers un avenir électrique peut-elle se réaliser à un rythme acceptable pour sa survie?







