À Amboise, l’usine Mecachrome patiente toujours pour obtenir l’autorisation de modernisation. Bien que le projet soit en place, le financement demeure insuffisant.
À l'intérieur de l'usine, le bruit des machines résonne inlassablement. Ces équipements, pour certains âgés de plus de quarante ans, continuent de produire des pièces d'une grande précision pour l'aéronautique. Le PDG de Mecachrome, Christian Cornille, a récemment présenté ses vœux aux 300 salariés, rappelant l'importance d'un projet de modernisation lancé en 2023 pour assurer la pérennité de l’établissement.
« Nous, on est prêts, on attend que ça se débloque »
Afin d'améliorer les délais de livraison et d'automatiser la production, le concept de « focus factory » émerge. Cela implique la modernisation intégrale de la chaîne de production avec l'ajout d'une extension de 3 000 m². Jacky Chauvière, délégué syndical FO, explique : « Certaines machines tournent à 4 000 tours par minute. Aujourd'hui, le standard est à 18 000. Notre but est de centraliser le processus pour éviter sous-traitance et délais d’attente prolongés. »
Le PDG Cornille confirme la préparation technique du projet, précisant que les études sont finalisées et que les équipements sont sélectionnés. Toutefois, le financement demeure une barrière liée à un manque de soutien étatique.
L’argent, nerf de la guerre
Le coût estimé du projet s'élève à 50 millions d'euros, dont 80 % sont déjà garantis via financements privés et soutien des collectivités. Cependant, des appels à projets manquent, impactés par le contexte budgétaire national. Cornille insiste : « Nous avons fait notre part. Les actionnaires et les collectivités ont répondu présent. Seules les 20 % restants dépendent de l’État. Nous nous tenons prêts. »
Fin 2025, Mecachrome a refinancé sa dette de 290 millions d'euros via le fonds américain Carlyle, une décision susceptible de peser sur son avenir. Chauvière commente : « Les banques françaises se montrent réticentes à prêter, préférant que des fonds étrangers prennent en charge l’industrie. Ce choix aura des conséquences désastreuses à long terme. »
Une course contre la montre industrielle
Ce projet va bien au-delà d'un simple investissement local. Il s'agit de maintenir la position de la France dans l'aéronautique mondiale, avec des contrats à l'horizon 2030-2035 pour Airbus. Cornille avertit : « Investir maintenant est crucial pour rester compétitifs. »
Si ce financement est retardé, l’usine pourrait compromettre la sécurité des emplois de ses 300 salariés et perdre son rôle dans l’écosystème aéronautique. À Amboise, l'outil de production continue de tourner, mais l’avenir attend encore son autorisation.







